Les piles de l’aqueduc d’Yzeron à Craponne

Publié le par Craponne à Venir

Les piles de l’aqueduc d’Yzeron à Craponne

Avant 1887 tout le monde ou presque, historiens compris, pensait que les vestiges situés à Craponne à la Tourette (entre la voie Romaine et la rue des Aqueducs aujourd’hui) étaient ceux d’une porte décumane d’un immense camp retranché romain, qui s’étalait jusqu’aux confins de Saint-Genis-les-Ollières.

Cependant, en 1760, Guillaume-Marie Delorme avait nié cette hypothèse et dessiné un double siphon d’aqueduc, sans toutefois pouvoir étayer sa théorie par des preuves évidentes.

Peu avant 1885, quand l’Etat décide de construire le nouveau pont d’Alaï – pont de 12,25m de haut, avec 5 arches et 4 piles – les travaux mettent à jour de très intéressantes découvertes archéologiques concernant l’aqueduc. C’est en 1887 que le baron Raverat, après des études faites sur le terrain, peut prouver l’existence de cet aqueduc. Donnons-lui la parole : « Il est donc maintenant bien avéré, quoi qu’en disent les sceptiques, qu’un aqueduc existait dans cette contrée, et que cet aqueduc devait se continuer jusque sur le plateau de Trion. »

Avec lui, les Tourillons de Craponne, le seul vestige aérien de l’aqueduc, deviennent un élément essentiel du double siphon.

Dès lors les dessins des piles de Craponne vont être réédités : ceux de Gabut en 1890, ceux de Delorme retrouvés en 1895 par André Steyert, ceux de Germain de Montauzan en 1909 et ceux de Jean Burdy plus récemment en 1991.

A Craponne il y avait donc deux siphons consécutifs et un réservoir commun élevé à 15m du sol sur une grosse pile, à la fois réservoir de fuite pour le premier siphon et de chasse pour le second.

Cette pile était flanquée de deux rampants. Aujourd’hui elle n’a plus que 12m de haut de forme carrée de 4,40m de côté, à 2,60m de celle de la pile voisine du rampant amont, rectangulaire de 3,77m sur 4,40m.

Les doubles siphons sont exceptionnels dans les constructions d’aqueducs de l’empire romain. Il n’en existe qu’un autre dans le monde romain, à Aspendos en Turquie. Ces piles sont aujourd’hui recouvertes de lierre, et très fragiles. En 1983 elles ont été inscrites aux monuments historiques, mais non classées. Depuis cette date, bien que le terrain les supportant ait été mis en réserve foncière, rien n’avait bougé jusqu’au moment où le propriétaire privé a mis en demeure la commune d’acheter le terrain. Après maintes négociations, Craponne est devenue en 2014 propriétaire de la parcelle.

Et depuis, rien n’a été fait. Il faudrait pourtant clôturer le terrain acquis, commencer au plus vite une étude de restauration et ouvrir le site au public afin de faire connaître et comprendre ce qu’est un double siphon, et classer le monument pour sauvegarder ce patrimoine, si réduit soit-il. Il a participé à l’essor de Lyon et a fait de la ville ce qu’elle est aujourd’hui, et témoigne d’un passé qui montre l’intelligence de l’Homme au cours des âges.

Quand pourra-t-on visiter ces vestiges ? La réponse est dans la motivation et la volonté d’agir de notre municipalité.

Sources :

Raverat, Le nouveau pont d’Alaï, 1887

Germain de Montauzan, Les aqueducs antiques de Lyon

Jean Burdy, L’aqueduc d’Yzeron, 1991

L’Araire, Les aqueducs romains de Lyon, 2008

Vous pourrez voir une maquette du double siphon au musée de la blanchisserie à Craponne, et à l’Araire à Yzeron. Pour tous renseignements supplémentaires, s’adresser au musée de la blanchisserie.

A paraître en octobre 2015 : Jean BURDY, Guillaume-Marie Delorme, Recherches sur les aqueducs de Lyon construits par les Romains, L’Araire, 250p

Schéma de l’aqueduc à double siphon

Schéma de l’aqueduc à double siphon

Restitutions de l’aqueduc par Gabut (fig. 1), Montauzan (fig. 2)

Restitutions de l’aqueduc par Gabut (fig. 1), Montauzan (fig. 2)

Restitution de l'aqueduc par Burdy

Restitution de l'aqueduc par Burdy

Photo fin du 19ème

Photo fin du 19ème

Photo en 1986

Photo en 1986

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